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Deux extraits du livre : "Les vivants et les morts" de Gérard Mordillat.

Deux témoignages de notre époque :

...Si les actionnaires de boîtes pouvaient se passer d'ouvriers, ils s'en passeraient tout de suite - et peut-être qu'un jour ils s'en passeront vraiment ! - , mais en attendant, ce qu'ils veulent, ce sont des esclaves, des ignorants corvéables à merci.

Rudi explose :

-Je crois que Solange a raison : la tête te lâche. Des esclaves ! Et quoi encore ?

Lorquin ne se démonte pas :

-Regarde-toi dans une glace et demande-toi si tu es un homme libre.

Rudi veut répondre mais Lorquin le devance :

-Ne me dis pas que j'emploie les grands mots, que je devrais écrire, que je déraille. J'emploie les mots qu'il faut, c'est tout.

Il compte sur ses doigts :

-Un, tu n'as rien à toi, ta maison elle est à la banque ; le jour où ils ferment le robinet t'es à la rue. Deux, en théorie tu peux aller où bon te semble, en réalité, comme tu n'as pas un sou devant toi, t'es bien obligé de rester là où tu es ! Je ne te demande pas où tu vas en vacances, je connais la réponse : tu restes là, t'es assigné à résidence. Trois tu travailles pour gagner tout juste ce qui te permet de survivre, rien de plus. Et si tu t'avises de te plaindre, le peu que tu as on te l'enlève pour t'apprendre les bonnes manières. Alors tu la fermes parce que ta baraque, ta femme, tes gosses.... Alors d'accord, t'es pas fouetté, t'es pas vendu sur le marché, t'as le droit de vote et le droit d'écrire dans le courrier des lecteurs de La Voix que tu n'es pas d'accord avec ce qui t'arrive, t'as la liberté d'expression ! Quelle liberté ? Tu sais bien que si tu écrivais une lettre pour dire vraiment ce que tu penses et si tu l'envoyais, ce serait comme si tu rédigeais publiquement ta fiche d'inscription à l'ANPE. Crois-moi : si tu veux bien gegarder de près, ta vie ne vaut pas un pet de lapin, tu ne comptes pour rien, t'es un "opérateur" de production comme ils disent, quelque chose entre l'animal de trait et la pièce mécanique...

[...]

-Commencer par couper la télé, fermer le robinet aux images pour ouvrir les yeux sur la réalité. Il y a en France aujourd'hui combien ? huit, neuf millions de chômeurs... Et il ne se passe rien. Pourquoi ? Parce qu'ils sont devant leur petit écran, les yeux écarquillés, hypnotisés, avec sour le crâne une éponge qui leur sert juste à savoir si c'est chaud ou si c'est froid. Les politiques ne sont pas fous. Ils peuvent dépenser des fortunes pour la télé, c'est de l'argent bien placé. C'est l'argent de la paix sociale, le plus grand neuroleptique jamais mis en circulation. Ca vaut toutes les camisoles de force. Avant, c'était le curé qui disait : ne vous inquiétez pas, vous pouvez vous crever sur terre pour le roi ou le patron, ce n'est pas grave au contraire c'est ce qui peut vous arriver de mieux, quand vous serez au paradis tout ne sera que roses et que miel. Aujourd'hui même plus la peine d'aller au paradis : les roses et le miel sont sous vos yeux, chez vous. D'accord, vous n'avez pas le droit d'y toucher, d'y accéder -sauf quelques élus- mais vous avez le droit de le voir et de rêver en être un jour...

Lorquin fait claquer ses doigts :

-Fermez la télé et c'est l'insurrection générale !

Voici un texte trouvé page 16 de TOUT EST A NOUS

l'hebdomadaire du NPA :

 

"Je me suis pâmé il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s'étaient établis à Rouen. Voilà la troisième fois que j'en vois. Et toujours avec un nouveau plaisir. L'admirable est qu'ils excitaient la haine des bourgeois, bien qu'inoffensifs comme des moutons. Je me suis fait très mal voir de la foule, en leur donnant quelques sols. Et j'ai entendu de joils mots à la Prudhomme. Cette haine là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d'ordre.

C'est la haine qu'on porte au Bédouin à l'Hérétique, au Philosophe, au Solitaire, au Poète. Et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m'exaspère. Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton."

 

Gustave Flaubert, lettre à George Sand, 12 juin 1867

 

Voici un extrait d'un auteur qui est un démystificateur du capitalisme

Comme je l'explique à mon ami, je ne sais plus très bien qui je suis, j'ai perdu ma distance à ce travail, je ne sais plus ce qui se passe chez moi à Cologne. En fait je suis à bout, comme les collègues qui me racontent qu'ils s'endorment tous les soirs devant la télévision.

Et puis je me ressais, je vois comment les autres s'accrochent. Une forme de solidarité naissante me relie à eux. Un jour, au travail, durant un rare moment de calme, je me mets sans y penser à siffloter l'Internationale, et même à fredonner en douce le premier couplet : "Debout les damnés de la terre...." Il n'y a guère de risque que le patron ou l'un de ses adjoints connaissent la mélodie, alors je m'enhardis. Tandis que je siffle gaiement l'hymne du mouvement des travailleurs, un chariot chargé de plaques vides passe devant mes yeux, poussé par un collègue turc. Il se retourne, pour vérifier que personne ne le voit, puis me fait un clin d'oeil et lève furtivement son poing droit.

Depuis ce moment là, le mot grève tourne dans ma tête. On doit pouvoir faire quelque chose contre cet esclavage. On doit et surtout on peut !

 

Günter Wallraff   Parmi les perdants du meilleur des mondes La Découverte

Jack LONDON - sur la classe ouvrière et la richesse, extrait de "Ce que la vie signifie pour moi".
jeudi 1er avril 2010 - 00:15 - De : via La Louve
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"(...) Comme marchand de cerveau, j’ai remporté du succès.

La société m’ouvrit ses portes toutes grandes.

J’entrai directement à l’étage du salon, et mes désillusions firent de rapides progrès.

Je dînais avec les maîtres de la société, avec les épouses et les filles de ces maîtres.

Les femmes étaient magnifiquement habillées, je le reconnais ; mais je fus naïvement surpris de m’apercevoir qu’elles étaient faites de la même argile que toutes les autres femmes que j’avais connues en bas de l’échelle, dans la cave. "L’épouse du colonel et Judy O’Grady étaient sœurs sous leurs peaux" - et sous leurs robes.

C’était moins cela, toutefois, que leur matérialisme, qui me choquait. C’est la vérité : ces femmes magnifiques, magnifiquement habillées, jacassaient sur de charmants petits idéaux et de chers petits problèmes moraux ; mais en dépit de ces bavardages, la note dominante de leur vie était matérialiste. Et elles étaient si sentimentalement égoïstes ! Elles participaient à toutes sortes de charmantes petites œuvres de charité, elles le faisaient savoir à tout le monde, alors que ce qu’elles mangeaient et les splendides robes qu’elles portaient était payé par des dividendes tachés du sang versé par la main-d’œuvre enfantine, l’exploitation du travail, et même la prostitution.

 

Extrait d'une chronique de Morvan Lebesque (publications de 1952 à 1970) du Canard Enchaîné :

Faut-il en conclure que l'histoire est un perpétuel recommencement et que toute classe qui accède au pouvoir secrète sa propre Bourgeoisie ? Si cela était, il n'y aurait plus qu'à jeter le manche après la cognée : je n'ai que faire du pauvre prompt à endosser les vices du riche. Et cela est, je le sais, nous le savons tous : comme la possession d'un bien matériel vous retranche de vous même ! Comme elle vous fait oublier qui vous étiez ! Des bourgeois, de sales bourgeois, j'en connais aujourd'hui qui travaillent en usine. Egoïstes, cupides, sottement béats devant leur télé ou leur réfrigérateur. Racistes, même, car tout se tient : "Ces sales bicots", me dit l'an dernier un ouvrier de Levallois.... Mais non : faire leur procès c'est, justement, tomber dans le piège. Car la Bourgeoisie règne toujours et ce peuple qu'elle a accaparé, c'est encore une de ses victoires. Sa plus subtile, sa plus terrible victoire. Au prix d'une "possession" dérisoire, de quelques biens matériels, elle grignote la conscience d'une fraction du prolétariat. Mais la vraie révolution, ce n'est pas cela : c'est l'accession aux richesses intellectuelles qui, seules, permettent de dominer par l'esprit les richesses matérielles auxquelles tout homme a droit. Seulement, de ce côté, la Bourgeoisie fait bonne garde. Elle vend des machines domestiques à crédit, mais elle arrête le fils d'ouvrier à la porte des écoles.

 

Voilà, on pourra bientôt fêter le centenaire de cet écrit de Rosa Luxenburg.

Rosa confirme bien mon analyse.

Jean-Jacques

"Chaque jour des sans-abri s’écroulent, terrassés par la faim et le froid. Personne ne s’en émeut, seul les mentionne le rapport de police. Ce qui a fait sensation cette fois à Berlin, c’est le caractère massif du phénomène. Le prolétaire ne peut attirer sur lui l’attention de la société qu’en tant que masse qui porte à bout de bras le poids de sa misère. Même le dernier d’entre eux,

le vagabond, devient une force publique quand il forme masse, et ne formerait-il qu’un monceau de cadavres.

D’ordinaire un cadavre est quelque chose de muet et de peu remarquable. Mais il en est qui crient plus fort que des trompettes et éclairent plus que des flambeaux. Au lendemain des barricades du

18 mars 1848, les ouvriers berlinois relevèrent les corps des insurgés tués et les portèrent devant le Château royal, forçant le despotisme à découvrir son front devant ces victimes. A présent il s’agit de hisser les corps empoisonnés des sans-abri de Berlin, qui sont la chair de notre chair et le sang de notre sang, sur des milliers de mains de prolétaires et de les porter dans cette nouvelle année de lutte en criant : A bas l’infâme régime social qui engendre de pareilles horreurs !"

Rosa confirme bien mon analyse.

Jean-Jacques


Gracchus Babeuf et la mondialisation du Capital

 

L'actualité de Babeuf se mesure aisément au fait que l'essentiel des analyses qu'il produisait à propos de la situation politique et sociale dans la France de la Révolution peut s'appliquer à une échelle bien plus vaste aujourd'hui : sur la planète entière, un capital désormais mondialisé tente d'ajuster tous les pays aux lois de l'accaparement universel des richesses par moins de 200 entreprises transnationales.

Qu'aurait dit Babeuf en observant la montée de la pauvreté au plan mondial, la généralisation du sous-emploi dans tous les pays, l'exode forcé dans toutes les campagnes, l'énorme déficit démocratique chaque jour aggravé pour tous les sans-pouvoir du monde par un éloignement régulier des centres de décision ? N'aurait-il pas, une fois encore, tempêté de sa plume coléreuse, contre la concentration accrue des avoirs, des savoirs et des pouvoirs, contre cette spéculation globalisée qui ruine à la vitesse de l'électronique les chances d'un développement partagé ? Relire Babeuf, c'est percevoir la grandeur et l'acuité d'une analyse dont la capacité à nous parler aujourd'hui demeure entière. L'actualité de Babeuf c'est donc bien autant celle des spoliations dont la planète nous renvoie l'inacceptable image que celle des solutions proposées en leur temps par un des théoriciens des plus complets que la Révolution française ait produits.

La mondialisation économique : un accaparement universel – Une des idées forces de Babeuf tient dans l'affirmation réitérée du droit de chaque être humain à une « quote-part dans les biens communs » constitués par les ressources de la Nature et de l'activité de l'homme. En ce sens, l'explication babouviste de la pauvreté comme une inégalité produite par l' « accaparement » de la « quote-part d'autrui » s'applique admirablement à la description de l'actuel partage des patrimoines : dans tous les pays de l'OCDE, qui sont les plus riches du monde, c'est sans exception moins d'un cinquième de la population qui « possède » et exploite les quatre cinquième de la richesse nationale. Ailleurs, dans le monde pauvre, on peut avoir des rapports encore plus extrêmes qui rappellent les chiffres de la France de 1789, celle que connaissait Babeuf : en Amérique latine, dans toute la cordillère des Andes et au Brésil, aussi bien sur les Hauts-plateaux que dans la forêt amazonienne, on peut avoir dans les campagnes près de 90 % de péones taillés et corvéés à merci, sans propriété définie ni emploi fixe, sur des terres « possédées » par un propriétaire lointain, aussi inflexible qu'intouchable.

Comment ne pas accéder à la théorie babouviste de « l'accaparement par quelques-uns d e la quote-part des autres » lorsque l'on voit plus d'un milliard d'hommes vivre dans des conditions indignes, avec moins d'un dollar par jour (chiffres fournis par la Banque Mondiale elle-même !) et un autre milliard se contenter de moins de 5 dollars pour se nourrir, se loger, se vêtir, se soigner, acquérir une formation, etc. ? Il est bien exact qu'il y a eu, comme l'affirme Babeuf, « vol et usurpation » par « tous ceux qui sont au delà de leur quote-part individuelle ». La recolonisation du monde pauvre par les instances politico-financières des pays riches (Banque Mondiale, Fond monétaire international, G7, G8, G9, Clubs de Paris, Londres et Bâle) est désormais effective : les indépendances des pays pauvres ont été annulées par les chantages et la dette technologique. Là aussi l'analyse de Babeuf demeure pertinente : il s'élève fréquemment contre une hiérarchie absurde qui pousse, dit-il, « à apprécier la journée de celui qui fait une montre vingt fois plus que la journée de celui qui trace les sillons ». Tout le drame du monde pauvre est là, ainsi que celui des travailleurs « manuels » ou « déqualifiés » des pays industriels. En termes modernes, la phrase de Babeuf se traduit par : « il faut soixante tonnes de maïs pour payer un tracteur » ou « l'écart des salaires en France et de 1 à 16 ou de 1 à 45 c'est selon les critères ! » Concrètement, la distance technologique entre les pays pauvres et leurs anciennes métropoles coloniales a permis un extraordinaire transfert de ressources brutes. En vérité cette prime au plus savant, dénoncée par Babeuf, a organisé à l'échelle mondiale la spoliation « de la quote-part dans les biens communs » saisie par les grands trusts au nom de ce «brevet d'accaparement » accordé à tort, répète inlassablement Babeuf, « aux industrieux ». La forêt tropicale a été abattue pour payer en nature le coût d'un faux développement, aussi destructeur pour les sociétés que pour le milieu naturel des pays pauvres.




Victor Hugo : « NAPOLÉON LE PETIT » (extraits)

Line AREZ DEMORA
Victor Hugo : « NAPOLÉON LE PETIT » (extraits). Réédité chez Actes Sud (2007) par Jean-Marc Hovasse. Aucun rapprochement possible avec la France d’aujourd’hui, avec Nicolas Sarkozy, ni.... Bernard Kouchner, Dominique Strauss-Kahn, Fadela Amara, Claude Allègre, Eric Besson, Jacques Attali, Vincent Bolloré, Olivier Dassault, Arnaud Lagardère, Martin Bouygues, Patrick Balkany, les médias…

Louis Bonaparte est un homme de moyenne taille, […] c’est un personnage vulgaire, puéril, théâtral et vain. Certes, ce cerveau est trouble, ce cerveau a des lacunes, mais on peut y déchiffrer par endroits plusieurs pensées de suite et suffisamment enchaînées. C’est un livre où il y a des pages arrachées. A tout moment quelque chose manque. Louis Bonaparte a une idée fixe, mais une idée fixe n’est pas l’idiotisme. Il sait ce qu’il veut, et il y va. A travers la justice, à travers la loi, à travers la raison, à travers l’honnêteté, à travers l’humanité, soit, mais il y va. Ce n’est pas un idiot. C’est tout simplement un homme d’un autre temps que le nôtre. Il semble absurde et fou parce qu’il est dépareillé.

Seulement il oublie ou il ignore qu’au temps où nous sommes, ses actions auront à traverser ces grands effluves de moralité humaine dégagés par nos trois siècles lettrés et par la révolution française, et que, dans ce milieu, ses actions prendront leur vraie figure et apparaîtront ce qu’elles sont, hideuses.

M. Louis Bonaparte se laisse volontiers entrevoir socialiste. Il sent qu’il y a là pour lui une sorte de champ vague, exploitable à l’ambition.

Alors il ne parle pas, il ment. Cet homme ment comme les autres hommes respirent. Il annonce une intention honnête, prenez garde ; il affirme, méfiez vous ; il fait un serment, tremblez. Machiavel a fait des petits.

Annoncer une énormité dont le monde se récrie, la désavouer avec indignation, jurer ses grands dieux, se déclarer honnête homme, puis au moment où l’on se rassure et où l’on rit de l’énormité en question, l’exécuter.

On est de son cercle intime ; il laisse entrevoir un projet qui semble, non immoral, on n’y regarde pas de si près, mais insensé et dangereux, et dangereux pour lui-même ; on élève des objections ; il écoute, ne répond pas, cède quelquefois pour deux ou trois jours, puis reprend son dessein, et fait sa volonté.

Grâce à cette façon de faire, il a toujours à son service l’inattendu, grande force ; et, ne rencontrant en lui-même aucun obstacle intérieur dans ce que les autres hommes appellent conscience, il pousse son dessein, n’importe à travers quoi, nous l’avons dit, n’importe sur quoi, et touche son but.

Il recule quelquefois, non devant l’effet moral de ses actes, mais devant l’effet matériel.

Dans ses entreprises il a besoin d’aides et de collaborateurs ; il lui faut ce qu’il appelle lui-même "des hommes". Diogène les cherchait tenant une lanterne, lui il les cherche un billet de banque à la main. Il les trouve. De certains côtés de la nature humaine produisent toute une espèce de personnages dont il est le centre naturel et qui se groupent nécessairement autour de lui selon cette mystérieuse loi de gravitation qui ne régit pas moins l’être moral que l’atome cosmique.

Aujourd’hui il en est environné, ces hommes lui font cour et cortège ; ils mêlent leur rayonnement au sien. A de certaines époques de l’histoire, il y a des pléiades de grands hommes ; à d’autres époques, il y a des pléiades de chenapans.

M. Louis Bonaparte a réussi. Il a pour lui désormais l’argent, l’agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort, et tous ces hommes qui passent si facilement d’un bord à l’autre quand il n’y a à enjamber que de la honte.

En attendant, depuis sept mois, il s’étale ; il a harangué, triomphé, présidé des banquets, pris des millions, donné des bals, dansé, régné, paradé et fait la roue ; il s’est épanoui dans sa laideur à une loge d’Opéra…

Il a réussi. Il en résulte que les apothéoses ne lui manquent pas….

Une chose me frappe pourtant, c’est que dans toutes les qualités qu’on lui reconnaît […] dans tous les éloges qu’on lui adresse, il n’y a pas un mot qui sorte de ceci : habileté, sang-froid, audace, adresse, affaire admirablement préparée et conduite, instant bien choisi, secret bien gardé, mesures bien prises. Fausses clefs bien faites. Tout est là. … Il ne reste pas un moment tranquille ; il sent autour de lui avec effroi la solitude et les ténèbres ; ceux qui ont peur la nuit chantent, lui il remue. Il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète.

Non, cet homme ne raisonne pas ; il a des besoins, il a des caprices, il faut qu’il les satisfasse. Ce sont des envies de dictateur. La toute-puissance serait fade si on ne l’assaisonnait de cette façon.

Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit, et qu’ensuite on mesure le succès et qu’on le trouve si énorme, il est impossible que l’esprit n’éprouve pas quelque surprise. On se demande : comment a-t-il fait ? On décompose l’aventure et l’aventurier, […] on ne trouve au fond de l’homme et de son procédé que deux choses : la ruse et l’argent. La ruse : nous avons caractérisé déjà ce grand côté de Louis Bonaparte, mais il est utile d’y insister.

Le 27 novembre 1848, il disait à ses concitoyens dans son manifeste : "Je me sens obligé de vous faire connaître mes sentiments et mes principes. Il ne faut pas qu’il y ait d’équivoque entre vous et moi. Je ne suis pas un ambitieux... Élevé dans les pays libres, à l’école du malheur, je resterai toujours fidèle aux devoirs que m’imposeront vos suffrages et les volontés de l’Assemblée. Je mettrai mon honneur à laisser, au bout de quatre ans, à mon successeur, le pouvoir affermi, la liberté intacte, un progrès réel accompli."

Depuis trente-six ans il y avait en France toutes sortes de choses pernicieuses : cette "sonorité", la tribune ; ce vacarme, la presse ; cette insolence, la pensée ; cet abus criant, la liberté ; il est venu, lui, et à la place de la tribune il a mis le sénat ; à la place de la presse, la censure ; à la place de la pensée, l’ineptie ; à la place de la liberté, le sabre ; et de par le sabre, la censure, l’ineptie et le sénat, la France est sauvée ! Sauvée, bravo ! et de qui, je le répète ? d’elle-même ; car, qu’était-ce que la France, s’il vous plaît ? c’était une peuplade de pillards, de voleurs, de jacques, d’assassins et de démagogues.

Il a fallu la lier, cette forcenée, cette France, et c’est M. Bonaparte Louis qui lui a mis les poucettes. Maintenant elle est au cachot, à la diète, au pain et à l’eau, punie, humiliée, garrottée, sous bonne garde ; soyez tranquilles, le sieur Bonaparte, gendarme à la résidence de l’Élysée, en répond à l’Europe ; il en fait son affaire ; cette misérable France a la camisole de force, et si elle bouge :... - Ah ! qu’est-ce que c’est que ce spectacle-là ? qu’est-ce que c’est que ce rêve-là ? qu’est-ce que c’est que ce cauchemar-là ? d’un côté une nation, la première des nations, et de l’autre un homme, le dernier des hommes, et voilà ce que cet homme fait à cette nation ! Quoi ! il la foule aux pieds, il lui rit au nez, il la raille, il la brave, il la nie, il l’insulte, il la bafoue ! Quoi ! il dit : il n’y a que moi ! Quoi ! dans ce pays de France où l’on ne pourrait pas souffleter un homme, on peut souffleter le peuple ! Ah ! quelle abominable honte !

Chaque fois que M. Bonaparte crache, il faut que tous les visages s’essuient ! Et cela pourrait durer ! et vous me dites que cela durera ! non ! non ! non ! par tout le sang que nous avons tous dans les veines, non ! cela ne durera pas ! Ah ! si cela durait, c’est qu’en effet il n’y aurait pas de Dieu dans le ciel, ou qu’il n’y aurait plus de France sur la terre ! [...]

il restera mesquin, […] il ne sera jamais que le tyran pygmée d’un grand peuple. […] un batteur de grosse caisse des Champs-Elysées…

L’acabit de l’individu se refuse de fond en comble à la grandeur, même dans l’infamie. Faire hausser les épaules au genre humain, ce sera sa destinée. […] Il sera hideux, et il restera ridicule. Voilà tout. L’histoire rit et foudroie. […] L’historien ne pourra que le mener à la postérité par l’oreille.

L’homme une fois déshabillé du succès, le piédestal ôté, la poussière tombée, le clinquant et l’oripeau et le grand sabre détachés, le pauvre petit squelette mis à nu et grelottant, peut-on s’imaginer rien de plus chétif et de plus piteux ?

L’histoire a ses tigres. […] Elle ne mêle pas avec eux les chacals.

Je ne sais quelle gangrène de prospérité matérielle menace de faire tomber l’honnêteté publique en pourriture.

Ma foi ! vivons, faisons des affaires, tripotons dans les actions de zinc ou de chemin de fer, gagnons de l’argent ; c’est ignoble, mais c’est excellent ; un scrupule de moins, un louis de plus ; vendons toute notre âme à ce taux ! On court, on se rue, on fait antichambre, on boit toute honte, et si l’on peut avoir une concession de chemins en France ou de terrains en Afrique, on demande une place.

C’est à qui fera ce trafic de soi-même le plus cyniquement, et parmi ces êtres il y a des jeunes gens qui ont l’oeil pur et limpide et toute l’apparence de l’âge généreux, et il y a des vieillards qui n’ont qu’une peur, c’est que la place sollicitée ne leur arrive pas à temps et qu’ils ne parviennent pas à se déshonorer avant de mourir. L’un se donnerait pour une préfecture, l’autre pour une recette, l’autre pour un consulat, l’autre veut un bureau de tabac, l’autre veut une ambassade. Tous veulent de l’argent, ceux-ci moins, ceux-ci plus, car c’est au traitement qu’on songe, non à la fonction. Chacun tend la main. Tous s’offrent. Un de ces jours on établira un essayeur de consciences à la monnaie.

Les mots indépendance, affranchissement, progrès, orgueil populaire, fierté nationale, grandeur française, on ne peut plus les prononcer en France. Chut ! ces mots-là font trop de bruit ; marchons sur la pointe du pied et parlons bas. Nous sommes dans la chambre d’un malade.

Et la liberté de la presse ! Qu’en dire ? N’est-il pas dérisoire seulement de prononcer ce mot ? Cette presse libre, honneur de l’esprit français, clarté de tous les points à la fois sur toutes les questions, éveil perpétuel de la nation, où est-elle ?

- Qu’est-ce que c’est que cet homme ?

- C’est le chef, c’est le maître. Tout le monde lui obéit.

- Ah ! tout le monde le respecte alors ?

- Non, tout le monde le méprise.

- O situation ! Cet homme de ruse, cet homme de force, cet homme de mensonge, cet homme de succès, cet homme de malheur !

Oui, quelquefois, aux paroles superbes qui lui échappent, à le voir adresser d’incroyables appels à la postérité, à cette postérité qui frémira d’horreur et de colère devant lui, à l’entendre parler avec aplomb de sa "légitimité"et de sa "mission", on serait presque tenté de croire qu’il en est venu à se prendre lui-même en haute considération et que la tête lui a tourné au point qu’il ne s’aperçoit plus de ce qu’il est ni de ce qu’il fait.

Il croit à l’adhésion des prolétaires, il croit à la bonne volonté des rois, il croit à la fête des aigles, il croit aux harangues du conseil d’état, il croit aux bénédictions des évêques, il croit au serment qu’il s’est fait jurer…

p/o Line Arez Demora

URL de cet article
http://www.legrandsoir.info/Victor-Hugo-NAPOLEON-LE-PETIT-extraits.html




Le sieur Robespierre dans un texte sur la mainmise des exploitants exploiteurs sur les exploités

" Dans tout pays où la nature fournit avec prodigalité aux besoins des hommes, la disette ne peut être imputée qu’aux vices de l’administration ou des lois elles-mêmes ; les mauvaises lois et la mauvaise administration ont leur source dans les faux principes et dans les mauvaises moeurs.

C’est un fait généralement reconnu que le sol de la France produit beaucoup au-delà de ce qui est nécessaire pour nourrir ses habitants, et que la disette actuelle est une disette factice...

Citoyens, c’est à vous qu’est réservée la gloire de faire triompher les vrais principes, et de donner au monde des lois justes. Vous n’êtes point faits pour vous traîner servilement dans l’ornière des préjugés tyranniques, tracés par vos devanciers, ou plutôt vous commencez une nouvelle carrière où personne ne vous a devancés. Vous devez soumettre du moins à un examen sévère toutes les lois faites sous le despotisme royal, et sous les auspices de l’aristocratie nobiliaire, ecclésiastique ou bourgeoise ; et jusqu’ici, vous n’en avez point d’autres...

J’ai vu l’aristocratie accuser le peuple ; j’ai vu les intrigants hypocrites imputer leurs propres crimes aux défenseurs de la liberté qu’ils nommaient agitateurs et anarchistes ; j’ai vu un ministre impudent dont il n’était pas permis de soupçonner la vertu, exiger les adorations de la France en la ruinant, et du sein de ces criminelles intrigues, la tyrannie sortir armée de la loi martiale, pour se baigner légalement dans le sang des citoyens affamés. Des millions au ministre, dont il était défendu de lui demander compte, des primes qui tournaient au profit de sang-sues du peuple, la liberté indéfinie du commerce ; et des baïonnettes pour calmer les alarmes ou pour opprimer la faim, telle fut la politique vantée des nos premiers législateurs.

Les primes peuvent être discutées ; la liberté du commerce est nécessaire jusqu’au point où la cupidité homicide commence à en abuser ; l’usage des baïonnettes est une atrocité ; ce système est essentiellement incomplet parce qu’il ne porte point sur le véritable principe.

Les erreurs où on est tombé à cet égard me paraissent venir de deux causes principales :

1° Les auteurs de la théorie ( du libre marché)n’ont considéré les denrées les plus nécessaires à la vie que comme une marchandise ordinaire, et n’ont mis aucune différence entre le commerce du blé, par exemple, et celui de l’indigo ; ils ont plus disserté sur le commerce des grains, que sur la subsistance du peuple ; et faute d’avoir fait entrer cette donnée dans leurs calculs, ils ont fait une fausse application des principes évidents en général ;c’est ce mélange de vrai et de faux qui a donné quelque chose de spécieux à un système erroné.

2° Il l’ont bien moins encore adapté aux circonstances orageuses que les révolutions amènent ; et leur vague théorie fût-elle bonne dans les temps ordinaires, ne trouverait aucune application aux mesures instantanées, que les moments de crise peuvent exiger de nous. Ils ont compté pour beaucoup les profits des négociants ou des propriétaires, et la vie des hommes à-peu-près pour rien. Eh pourquoi ! c’étaient des grands, les ministres, les riches qui écrivaient, qui gouvernaient ; si ç’eut été le peuple, il est probable que ce système aurait reçu quelques modifications !

Le bon sens, par exemple, indique cette vérité, que les denrées qui ne tiennent pas aux besoins de la vie, peuvent être abandonnées aux spéculations les plus illimitées du commerçant mais la vie des hommes ne peut être soumise aux mêmes chances. Il n’est pas nécessaire que je puisse acheter de brillantes étoffes ; mais il faut que je sois assez riche pour acheter du pain, pour moi et pour mes enfants. Le négociant peut bien garder, dans ses magasins, les marchandises que le luxe et la vanité convoitent jusqu’à ce qu’il trouve le moment de les vendre au plus haut prix possible ; mais nul homme n’a le droit d’entasser des monceaux de blé, à côté de son semblable qui meurt de faim.

Quel est le premier objet de la société ? C’est de maintenir les droits imprescriptibles de l’homme. Quel est le premier de ces droits ? celui d’exister.

La première loi sociale est donc celle qui garantit à tous les membres de la société les moyens d’exister ; toutes les autres sont subordonnées à celle-là ; la propriété n’a été instituée ou garantie que pour la cimenter ; c’est pour vivre d’abord que l’on a des propriétés. Il n’est pas vrai que la propriété puisse jamais être en opposition avec la subsistance des hommes.

Les aliments nécessaires à l’homme sont aussi sacrés que la vie elle-même. Tout ce qui est indispensable pour la conserver est une propriété commune à la société entière. Il n’y a que l’excédent qui soit une propriété individuelle, et qui soit abandonné à l’industrie des commerçants. Toute spéculation mercantile que je fais aux dépens de la vie de mon semblable n’est point un trafic, c’est un brigandage et un fratricide.

D’après ce principe, quel est le problème à résoudre en matière de législation sur les subsistances ? le voici : assurer à tous les membres de la société la jouissance de la portion des fruits de la terre qui est nécessaire à leur existence ; aux propriétaires ou aux cultivateurs le prix de leur insdutrie, et livrer le superflu à la liberté du commerce.

Je défie le plus scrupuleux défenseur de la propriété de contester ces principes, à moins de déclarer ouvertement qu’il entend par ce mot le droit de dépouiller et d’assassiner ses semblables. Comment donc a-t-on pu prétendre que toute espèce de gêne, ou plutôt que toute règle sur la vente du blé était une atteinte à la propriété, et déguiser ce système barbare sous le nom spécieux de la liberté du commerce ?...

Sans doute si tous les hommes étaient justes et vertueux ; si jamais la cupidité n’était tentée de dévorer la substance du peuple ; si dociles à la voix de la raison et de la nature, tous les riches se regardaient comme les économes de la société, ou comme les frères du pauvre, on pourrait ne reconnaître d’autre loi que la liberté la plus illimitée ; mais s’il est vrai que l’avarice peut spéculer sur la misère, et la tyrannie elle-même sur le désespoir du peuple ; s’il est vrai que toutes les passions déclarent la guerre à l’humanité souffrante, pourquoi les lois ne réprimeraient-elle pas ces abus ? Pourquoi n’arrêteraient-elles pas la main homicide du "monopoleur", comme celle de l’assassin ordinaire ? pourquoi ne s’occuperaient-elles pas de l’existence du peuple, après s’être si longtemts occupées des jouissances des grands, et de la puissance des despotes ?

Or, quels sont les moyens de réprimer ces abus ? On prétend qu’ils sont impraticables ; je soutiens qu’ils sont aussi simples qu’infaillibles ; on prétend qu’ils offrent un problème insoluble, même au génie ; je soutiens qu’ils ne présentent au moins aucune difficulté au bon sens et à la bonne foi ; je soutiens qu’ils ne blessent ni l’intérêt du commerce, ni les droits de la propriété.

Que la circulation dans toute l’étendue de la république soit protégée ; mais que l’on prenne les précautions nécessaires pour que la circulation ait lieu. C’est précisément du défaut de circulation que je me plains. Car le fléau du peuple, la source de la disette, ce sont les obstacles mis à la circulation, sous le prétexte de la rendre illimitée. La subsistance publique circule-t-elle, lorsque des spéculateurs avides la retiennent entassée dans leurs greniers ? Circule-t-elle, lorsqu’elle est accumulée dans les mains d’un petit nombre de millionnaires qui l’enlèvent au commerce, pour la rendre plus précieuse et plus rare ; qui calculent froidement combien de familles doivent périr avant que la denrée ait atteint le temps fixé par leur atroce avarice ? Circule-t-elle, lorsqu’elle ne fait que traverser les contrées qui l’ont produite, aux yeux des citoyens indigents qui éprouvent le supplice de Tantale, pour aller s’engloutir dans le gouffre inconnu de quelque entrepreneur de la disette publique ? Circule-t-elle, lorsqu’à côté des plus abondantes récoltes le citoyen nécessiteux languit, faute de pouvoir donner une pièce d’or, ou un morceau de papier assez précieux pour en obtenir une parcelle ?

La circulation est celle qui met la denrée de première nécessité à la portée de tous les hommes, et qui porte dans les chaumières l’abondance et la vie. Le sang circule-t-il, lorsqu’il est engorgé dans le cerveau ou dans la poitrine ? Il circule, lorsqu’il coule librement dans tous le corps ; les subsistances sont le sang du peuple, et leur libre circulation n’est pas moins nécessaire à la santé du corps social, que celle du sang à la vie du corps humain. Favorisez donc la libre circulation des grains, en empêchant tous les engorgements funestes. Trois causes les favorisent, le secret, la liberté sans frein, et la certitude de l’impunité.

Le secret, lorsque chacun peut cacher la quantité de subsistances publiques dont il prive la société entière ; lorsqu’il peut frauduleusement les faire disparaitre et les transporter, soit dans les pays étrangers, soit dans les magasins de l’intérieur... Quel est le bon citoyen qui peut se plaindre d’être obligé d’agir avec loyauté et au grand jour ? A qui les ténèbres sont-elles nécessaires si ce n’est aux accapareurs et aux frippons ? D’ailleurs, ne vous ai-je pas prouvé que la société avait le droit de réclamer la portion qui est nécessaire à la subsistance des citoyens ? Que dis-je ? c’est le plus sacré des devoirs. Comment donc les lois nécessaires pour en assurer l’exercice seraient-elles injustes ?

J’ai dit que les autres causes des opérations désastreuses du monopole, étaient la liberté indéfinie et l’impunité. Quel moyen plus sûr d’encourager la cupidité et de la dégager de toute espèce de frein, que de poser en principe que la loi n’a pas même le droit de la surveiller, de lui imposer les plus légères entraves ? Que la seule règle qui lui soit prescrite c’est le pouvoir de tout oser impunément ? Que dis-je ? Tel est le degré de perfection auquel cette théorie a été portée, qu’il est presque établi que les accapareurs sont impeccables ; que les "monopoleurs" sont les bienfaits de l’humanité ; que, dans les querelles qui s’élèvent entr’eux et le peuple, c’est le peuple qui a toujours tort. Ou bien le crime du monopole est impossible, ou il est réel ; si c’est une chimère, comment est-il arrivé que de tout temps on ait cru à cette chimère ? Pourquoi avons-nous éprouvé ses ravages dès les premiers temps de notre révolution ? Pourquoi des rapports non-suspects, et des faits incontestables, nous dénoncent-ils ses coupables manoeuvres ? S’il est réel, par quel étrange privilège obtient-il seul le droit d’être protégé ? Quelles bornes les vampires impitoyables qui spéculeraient sur la misère publique, mettraient-ils à leurs attentats, si, à toute espèce de réclamation, on opposait sans cesse des baïonnettes et l’ordre absolu de croire à la pureté et à la bienfaisance de tous les accapareurs ? La liberté indéfinie n’est autre chose que l’excuse, la sauvegarde et la cause de cet abus. Comment pourrait-elle en être le remède ? De quoi se plaint-on ? précisément des maux qu’a produits le système actuel, ou du moins des maux qu’il n’a pas pu prévenir ? et quel remède nous propose-t-on ? Le système actuel. Je vous dénonce les assassins du peuple, et vous répondez : laissez les faire. Dans ce système, tout est contre la société ; tout est en faveur des marchands de grains.

C’est ici, législateurs, que toute votre sagesse et toute votre circonspection son nécessaires. Un tel sujet est toujours délicat à traiter ; il est dangereux de redoubler les alarmes du peuple, et de paraitre même autoriser son mécontentement. Il est plus dangereux encore de taire la vérité, et de se dissimuler les principes. Mais, si vous voulez les suivre, tous les inconvénients disparaissent : les principes seuls peuvent tarir la source du mal.

Je sais bien que quand on examine les circonstances de telle émeute particulière, excitée par la disette réelle ou factice des blés, on reconnait quelquefois l’influence d’une cause étrangère. L’ambition et l’intrigue ont besoin de susciter des troubles : quelquefois, ce sont ces mêmes hommes qui excitent le peuple, pour trouver le prétexte de l’égorger, et pour rendre la liberté même terrible, aux yeux des hommes faibles et égoïstes. Mais il n’en est pas moins vrai que le peuple est naturellement droit et paisible ; il est toujours guidé par une intention pure ; les malveillants ne peuvent le remuer, s’ils ne lui présentent un motif puissant et légitime à ses yeux. Ils profitent de son mécontentement plus qu’ils ne le font naitre ; et quand ils le portent à des démarches inconsidérées, par le prétexte des subsistances, ce n’est que parce qu’il est disposé à recevoir ses impressions, par l’oppression et par la misère. Jamais un peuple heureux ne fut un peuple turbulent. Quiconque connaît les hommes, quiconque connaît surtout le peuple français, sait qu’il n’est pas au pouvoir d’un insensé ou d’un mauvais citoyen, de le soulever sans aucune raison, contre les lois qu’il aime, encore moins contre les mandataires qu’il a choisis, et contre la liberté qu’il a conquise. C’est à ses représentants à lui témoigner la confiance qu’il leur donne lui-même, et de déconcerter la malveillance aristocratique, en soulageant ses besoins, et en calmant ses alarmes.

Les alarmes même des citoyens doivent être respectées. Comment les calmer, si vous restez dans l’inaction ? Les mesures même qu’on propose, ne fussent-elles pas aussi nécessaires que nous le pensons, il suffit qu’il les désire, il suffit qu’elles prouvent à ses yeux votre attachement à ses intérêts, pour vous déterminer à les adopter. J’ai déjà indiqué quelle était la nature et l’esprit de ces lois, je me contenterai ici de demander la priorité pour les projets de décrets qui proposent des précautions contre le monopole, en me réservant de proposer des modifications, si elle est adoptée. J’ai déjà prouvé que ces mesures et les principes sur lesquels elles sont fondées, étaient nécessaires au peuple. Je vais prouver qu’elles sont utiles aux riches et à tous les propriétaires.

Je ne leur ôte aucun profit honnête, aucune propriété légitime ; je ne leur ôte que le droit d’attenter à celle d’autrui ; je ne détruis point le commerce, mais le brigandage du monopoleur ; je ne les condamner qu’à la peine de laisser vivre leur semblables. Or, rien, sans doute, ne peut leur être plus avantageux ; le plus grand service que le législateur puisse rendre aux hommes, c’est de les forcer à être honnêtes gens. Le plus grand intérêt de l’homme n’est pas d’amasser des trésors, et la pus douce propriété n’est point de dévorer la subsistance de cent familles infortunées. Le plaisir de soulager ses semblables, et la gloire de servir sa patrie, valent bien ce déplorable avantage.

A quoi peut servir aux spéculateurs les plus avides, la liberté indéfinie de leur odieux trafic ? à être, ou opprimés, ou oppresseurs. Cette dernière destinée, sur-tout, est affreuse. Riches, égoïstes, sachez prévoir et prévenir d’avance les résultats terribles de la lutte de l’orgueil et des passions lâches contre la justice et contre l’humanité. Que l’exemple des nobles et des rois vous instruise. Apprenez à goûter les charmes de l’égalité et les délices de la vertu ; ou du moins contentez-vous des avantages que la fortune vous donne, et laissez au peuple, du pain, du travail et des moeurs.

C’est en vain que les ennemis de la liberté s’agitent pour déchirer le sein de leur patrie ; ils n’arrêteront pas plus le cours de la raison humaine, que celui du soleil ; la lâcheté ne triomphera point du courage ; c’est au génie de l’intrigue à fuir devant le génie de la liberté. Et vous, législateurs, souvenez-vous, que vous n’êtes point les représentants d’une caste privilégiées, mais ceux du peuple français, n’oubliez pas que la source de l’ordre, c’est la justice ; que le plus sûr garant de la tranquillité publique, c’est le bonheur des citoyens, et que les longues convulsions qui déchirent les Etats ne sont que le combat des préjugés contre les principes, de l’égoïsme contre l’intérêt général ; de l’orgueil et des passions des hommes puissants, contre les droits et contre les besoins des faibles.

Maximilien Robespierre

 


Citations Extraits littéraires

Pour ceux qui croient pouvoir "moraliser" le capitalisme.

Il serait vain de s'indigner ; protester aujourd'hui au nom de la morale contre des "excès" ou des "abus", c'est une aberration qui ressemble à de la complicité. Il n'y a nulle part d'abus ou d'excès, mais partout un système.
Simone de Beauvoir

Les événements économiques récents remettent à la mose l'économiste John Maynard Keynes.

Pour ne pas se méprendre sur le personnage et ses idées, voici une citation émanant de lui.

Si je dois revendiquer des avantages pour une fraction de la société, ce sera pour celle à laquelle j'appartiens.....

Je peux être sensible à ce que je crois être la justice et le bon sens ; mais la guerre de classes me trouvera du côté de la bourgeoisie cultivée.

Interrogé par Christophe Barbier sur LCI, Bernard Thibaut suggère que l'une des portes de sortie de la crise financière serait de "remettre du social" dans l'économie.

Barbier réplique aussitôt : "Et en quoi cela nous aiderait à sortir de la crise actuelle ? Remettre du social, c'est remettre des coûts, c'est nous tirer vers le bas !"

(Zapping de l'année 2008 sur Canal+ 4.01.09)

Après les crimes du stalinisme qui sont l'objet d'une abondante littérature, on peut collecter les informations sur les nombreux crimes de l'ultralibéralisme pour en faire le procès devant l'Histoire.

Extrait du livre de Naomi Klein : La stratégie du choc Actes sud(concerne les dictatures d'Amérique du sud)

Depuis la chute du communisme, on amalgame liberté des marchés et liberté des citoyens pour les fondre dans une idéologie unique qui prétend constituer le seul rempart de l'humanité contre le retour d'une histoire jalonnée de fosses communes, de charniers et de salles de torture. Dans le cône sud de l'Amérique latine, pourtant, premier endroit où la religion contemporaine du libéralisme sans entraves sortit des sous-sols de l'université de Chicago pour entrer danqs le réel, la démocratie ne fut pas au rendez-vous. En fait, la nouvelle religion entraîna le renversement de la démocratie dans tous les pays où elle fut instaurée. Et elle n'apporta pas la paix : au contraire, elle requit l'assassinat de dizaines de milliers de personnes et la torture de 100 000 à 150 000 citoyens.

..............

De la même façon qu'il n'est pas de manière douce et agréable d'occuper un pays contre la volonté de sa population, il n'est pas de manière pacifique de déposséder des millions de citoyens de ce dont ils ont besoin pour vivre dans la dignité....

..........................

Constatation sud-américaine de dom Hélder Cãmara

Donnez de la nourriture aux pauvres, on dira que vous êtes un saint.
Demandez pourquoi les pauvres n’ont pas à manger, on dira que vous êtes communiste. 

Dernières pensées avant de mourir sur la croix

Un jour son père et lui avaient traversé les collines, ils avaient fait cinq milles jusqu'à un endroit où se trouvait un homme qui travaillait le fer ; ils étaient restés trois heures devant la forge pendant que le forgeron façonnait le couteau. Pendant tout ce temps le père du garçon et le forgeron avaient parlé des malheurs qui frappaient le pays, dit que le pauvre était pressuré jusqu'à la moelle. On aurait cru que chacun d'eux s'était mis en tête de prouver qu'il était encore plus pressuré que l'autre.
"Tu vois ce couteau, dit le forgeron. Je vais te le faire payer quatre denarii. L'encaisseur du Temple, quand il viendra chercher son dû, va m'en prendre un quart. Il me restera donc deux denarii. Si je veux faire un autre couteau, le métal que j'achèterai me coûtera deux denarii. Où est le prix de mon travail ? Où est le prix de la corne que je devrai acheter pour le manche ? Où prendrai-je l'argent pour nourrir ma famille ? Et si je demande cinq denarii pour mon couteau, alors tout le reste augmentera à l'avenant, et du reste qui me le prendra quand, ailleurs, on peut avoir un couteau pour moins ? Dieu est plus clément pour toi. Au moins tu retires ta nourriture du sol, et tu peux toujours te remplir le ventre."
A quoi le père du garçon répliqua : "Mais toi tu as au moins un peu d'argent entre les mains de temps en temps. Regarde moi. Je fais mûrir mon orge, et je la bats. J'en emplis des paniers et l'orge brille comme autant de perles. Nous remercions le Seigneur de nous avoir donné de l'orge si belle et si pleine. Comment peut-on avoir des ennuis quand on a sa grange pleine de paniers d'orge pareille à des perles ? Mais vient l'encaisseur du Temple, et il prend un quart de l'orge pour le Temple. Vient ensuite le percepteur des impôts qui en emporte un second quart pour les impôts. Je le supplie. Je lui fais comprendre que j'ai juste assez d'orge pour nourrir mes bêtes pendant l'hiver. Alors, mange tes bêtes, me dit-il. Et c'est là l'horrible solution à quoi nous sommes réduits. Et quand le moment vient où nous n'avons plus ni viande ni grains? et que les enfants pleurent parce qu'ils ont faim, nous bandons nos arcs et nous pensons aux lièvres et aux quelques cerfs qui restent dans les montagnes.
Mais c'est une viande que les Juifs ne peuvent manger que si elle est bénite. Il faut une dispense. 
L'hiver dernier nous avons donc envoyé notre rabbin à Jérusalem, afinde défendre notre cause au Temple. Notre rabbin est un homme de bien. Sa faim est notre faim. Mais il a dû traîner cinq jours au Temple avant que les prêtres ne consentissent à le voir, et même alors ils n'ont écouté ses supplications qu'avec mépris ; ils ne lui ont même pas donné un croûton de pain pour assouvir la faim qui le rongeait. Quand en aurons-nous fini d'entendre les jérémiades des Galiléens ? lui dirent-ils. Vos paysans sont paresseux. Ils veulent se prélasser au soleil et manger de la manne. Qu'ils travaillent plus dur et qu'ils plantent plus d'orge. Voilà ce que nous conseillent les prêtres, mais où le paysant trouve-t-il plus de terre pour planter de l'orge, et si nous en trouvions plus et que nous la cultivions, tu sais ce qui arriverait ?
-Je sais ce qui arriverait, dit le forgeron. A la fin vous n'auriez rien de plus. C'est toujours comme cela que cela se passe. Le pauvre devient plus pauvre et le riche plus riche."

Howard Fast
SPARTACUS


 

 

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"Voter, c'est se choisir un maître."

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François #Léotard appelle à bâtir un #mur contre le #FrontNational. On espère que cette fois il gardera les #factures de ses travaux.

En écoutant Harlem Désir je me dis qu'une branlée c'est pas suffisant, il en faudra au moins 4 ou 5 pour que ça rentre #FranceInter

Une petite américaine renvoyée de son école pour manque de féminité http://bit.ly/1l6C5ZE 

Propositions UMP contre chômage : Fin des 35H, contrat de travail précaire pour tous et indemnités chômage en baisse http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20130426.OBS7274/l-ump-propose-de-liberer-le-travail-pour-revenir-au-plein-emploi.html …

8 millions de chômeurs en France mais Bruno Le Maire et l'UMP croient encore que c'est par manque de motivation.

suppression de la demi-part pour les veuves, votée sous Sarkozy mais effets douloureux maintenant.

La fortune de L.Bettencourt s'est accrue de 3,4 milliards € entre 2012 & 2013

Le coût annuel du RSA tourne autour de 3,8 milliards €

Des tigres mis à mort pour le plaisir de riches Chinois - Lindépendant.fr http://www.lindependant.fr/2014/03/27/des-tigres-mis-a-mort-pour-le-plaisir-de-riches-chinois,1864388.php …

Parlons du coût du #capital et des #actionnaires ! | RT @Inachi46400 Arrêtez de parler du coût du travail !

De toute façon, à partir du moment où il faut payer un salarié, c'est déjà trop cher... #MEDEFstyle

Lebranchu "les électeurs nous ont dit qu'on donne trop aux patrons" & "nous allons baisser les charges & c'est courageux" #Inter Consternant

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Le Royaume-Uni gagne 3 pts de PIB sur la France en adoptant le mariage gay à l'unanimité sans manifestations débiles.

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